Vous devez vous identifier au site pour poster un message d'ennui.

TEL, SKYPE et EMAIL uniquement en message privé !
Stop l’ennui.. je me fait cher abusé

CHAPITRE VII

Eh, bien
! Fanny, comment trouvez

vous
M
lle
Crawford, maintenant
? demanda Edmond le jour sui-
vant, après avoir pensé longtemps à ce sujet lui

même.
Comment l’avez

vous trouvée hier
?

Très bien, vraiment. J’aime l’entendre parler, elle me
d
i
verti
t et elle est si jolie que j’aime la regarder.

C’est sa façon d’être qui est si attrayante. Elle a un si
joli jeu de physionomie
! Mais n’avez

vous pas été frappée,
par quelque chose de déplacé dans sa conduite
?

Oh oui, elle n’aurait pas dû parler de
son oncle comme
elle l’a fait. Cela m’a fort étonnée. Un oncle avec qui elle a
vécu de si nombreuses années, et qui, quels que soient ses
défauts, aime tant son frère, qu’il traite comme son fils, pa-
raît

il. Je n’aurais pas cru cela
!

J’étais sûr que vou
s en auriez été choquée. Ce n’était
pas joli, ni décent.

Et si ingrat, je trouve.

Ingrat est un grand mot. Je ne crois pas que son oncle
ait aucun droit à sa gratitude, mais sa femme en a, et c’est
par re
s
pect pour la mémoire de sa tante, qu’elle est m
ise ici.
Elle se trouve dans une situation compliquée et avec une
telle objection et un esprit aussi vif il est difficile qu’elle
rende justice à sa tante sans porter une ombre sur l’amiral.
Je ne prétends pas savoir lequel fut le plus à blâmer dans

77

leurs
dissentiments, encore que la conduite actuelle de
l’Amiral inclinerait les sympathies vers sa femme, mais il est
naturel et admissible que M
lle
Crawford défende complète-
ment sa tante. Je ne juge pas ses opinions, mais je la blâme
de les dire en public.

N
e croyez

vous pas, dit Fanny après avoir réfléchi un
peu, que cette antipathie n’est que l’écho du sentiment de
M
me
Crawford puisqu’elle a été élevée entièrement par elle
?
Elle ne peut pas lui avoir fait voir clairement ce que voulait
au juste l’Amiral
?

C’est juste. Oui, nous devons conclure que les défauts
de la nièce sont la copie de ceux de la tante, ce qui nous
donne plus d’indulgence à son égard. Mais je crois que sa
demeure présente doit lui faire beaucoup de bien, car les
idées de M
me
Grant sont
très justes et elle parle de son frère
avec une réelle affection.

Oui, excepté dans sa façon de lui écrire de trop courtes
lettres
! Elle m’a fait rire, mais je ne puis évaluer l’amour ou
le caractère d’un frère, d’après ses lettres et d’après le fait
qu
’il ne se donne pas la peine d’écrire de longues lettres,
quand il n’a rien à dire d’intéressant. Je suis sûre que Wil-
liam n’aurait pas fait cela non plus. Et de quel droit suppose

t

elle que vous n’écririez pas de longues lettres si vous étiez
absent
?

Du droit de son imagination, Fanny. Elle cherche dans
tout ce qui peut contribuer à son propre amusement ou à ce-
lui des autres, ce qui est admissible quand il ne s’y mêle ni
grossi
è
reté ni mauvaise humeur, et il n’y a pas l’ombre de
l’une ou de l’autre dan
s les façons de M
lle
Crawford, qui ne
sont ni âpres, ni bruyantes ni impolies. Elle est très féminine,
excepté dans ce que nous venons de dire, où elle n’a pas

78

d’excuses. Je suis co
n
tent que vous sentiez la même chose
que moi.
Ayant façonné son imagination
et dirigé ses affections il
y avait grande chance qu’elle pense comme lui, quoiqu’à ce
m
o
ment

ci et sur ce sujet il y eût quelque danger qu’ils ne
soient plus d’accord, car il était quant à M
lle
Crawford sur la
pente d’une admiration qui la conduirait où
Fanny ne pou-
vait le su
i
vre. Les attraits de M
lle
Crawford ne
s’amoindrissaient pas, au contraire. La harpe arriva et ajouta
encore à sa beauté, la f
i
nesse et la bonne humeur, car, elle
jouait avec la plus grande obl
i
geance et s’exécutait d’une fa-
çon pleine
de goût et de sent
i
ment, qui était délicieuse et
méritait chaque fois des éloges. Edmond était au presbytère
chaque jour, afin de jouir de son instrument préféré et
chaque matin apportait une invitation pour le lend
e
main, car
la jeune fille était flattée
d’avoir un aud
i
teur et l’habitude fut
vite prise.
Une jeune fille, jolie, vivante, avec une harpe aussi gr
a-
cieuse qu’elle

même, près d’une fenêtre donnant sur un jar-
din fleuri entouré d’arbres couverts de leur riche feuillage
d’été, su
f
fisait pour prendre
le cœur de n’importe quel
homme
! La sa
i
son, le décor, l’air, tout était favorable à la
tendresse et au se
n
timent. M
me
Grant et sa broderie faisaient
partie de l’harmonie et comme l’amour change les aspects de
toutes choses, le pl
a
teau de sandwiches et le
Dr Grant qui
faisait les honneurs co
m
plétèrent l’ensemble. Sans étudier
ses sentiments, et sans les approfondir, à la fin d’une se-
maine, Edmond commençait à être très amoureux et il faut
ajouter tout à l’honneur de la jeune fille, que sans compter le
fait
qu’il était un homme du monde mais n’avait pas comme
son frère l’art de la flatterie et l’art de r
a
conter des histoires
amusantes, il commença à lui plaire éno
r
mément. Elle s’en

79

rendit compte, quoiqu’elle ne s’y attendît pas du tout et
quoiqu’elle pût diff
icilement le prévoir, car il n’avait rien
d’attrayant, ne se donnait aucune peine pour plaire et ne fai-
sait aucun compliment. Ses avis étaient polis, son caractère
tranquille et simple. Il y avait du charme peut

être dans sa
fra
n
chise, son inflexibilité, s
on intégrité, que M
lle
Crawford
était c
a
pable de partager, sans pouvoir les discuter. Elle ne
pensait d’ailleurs pas beaucoup à tout cela, il lui plaisait pour
le m
o
ment, elle aimait de l’avoir près d’elle, cela lui suffisait.
Fanny ne s’étonnait pas de ce
qu’Edmond allât au Pres-
b
y
tère chaque matin, elle aurait aimé y aller également si
elle en avait été priée, pour écouter jouer de la harpe,
comme elle tro
u
vait naturel lorsque le dîner du soir était
terminé et que les f
a
milles se quittaient, qu’Edmond se c
rût
obligé de reconduire M
me
Grant et sa sœur chez elles, tandis
que M.
Crawford était galant envers des jeunes filles du Park.
Mais elle trouvait que c’était un mauvais échange, et si Ed-
mond n’était pas là pour mettre de l’eau dans son vin, elle se
serait
facilement passée de tout le monde. Elle était un peu
surprise qu’il pût passer tant d’heures avec M
lle
Crawford
sans avoir l’air de voir les défauts de celle

ci, dont elle se
souvenait bien quand elle la revoyait. E
d
mond aimait de lui
parler longuement d
e M
lle
Crawford, mais il semblait vouloir
passer sous silence l’Amiral et elle n’osait plus lui en parler
la première, ayant peur de paraître méchante. La première
peine que M
lle
Crawford lui occasionna, fut le désir quelle
manifesta d’apprendre à monter à
cheval. Edmond l’y ayant
encouragée, lui offrit de faire ses premiers essais sur sa ju-
ment, celle

ci étant tout à fait l’animal rêvé pour une déb
u-
tante. Il s’arrangea cependant pour que sa cousine n’en fût
pas privée le moins du monde, car il ne voulait p
as lui faire
ma
n
quer un seul jour d’exercice. La jument serait seulement
conduite au Presbytère une demie

heure avant que les pro-

80

m
e
nades auraient lieu, et Fanny à qui il avait demandé
l’autorisation, ne pouvait que se montrer flattée de sa façon
d’agir à s
on égard.
M
lle
Crawford fit son premier essai avec de bonnes dis-
pos
i
tions, et ne gêna en rien Fanny. Edmond qui avait con-
duit la jument et présidé aux premiers exercices, la ramena
avant même que Fanny ou le cocher qui l’accompagnait dans
ses pr
o
menades, n
e fussent prêts à monter. L’épreuve du se-
cond jour fut moins heureuse. M
lle
Crawford trouvait tant de
plaisir à monter, qu’elle ne désirait pas en finir si vite. Vive et
aud
a
cieuse, quoique plutôt petite, elle semblait faite pour
être écuyère et au plaisir
vraiment réel de l’exercice,
s’ajoutait chez Edmond la fierté de la voir faire des progrès
vraiment étonnants et la peur de la contrarier. Fanny était
prête et attendait et M
me
Norris la grondait de ne pas encore
être partie, mais ni Edmond, ni le cheval
n’apparaissaient à
l’horizon. Enfin, pour éviter sa tante et aller à sa rencontre,
elle sortit.
Quoique les habitations ne fussent éloignées que d’un
demi

mille, elles étaient hors de vue l’une de l’autre, mais en
ma
r
chant jusqu’à cinquante yards de chez e
lle, elle pourrait
voir le bout du parc et jeter un regard sur le Presbytère et la
route qui y conduisait. Elle vit immédiatement le groupe
dans la pra
i
rie de chez le Dr. Grant. Edmond et M
lle
Crawford
tous deux à cheval, côte à côte, puis le Dr. et M
me
Gr
ant et
M.
Crawford avec deux ou trois domestiques attendant aux
environs. Il semblait que tout le monde était bien joyeux car
elle entendait les éclats des voix jusque

là. Elle en éprouva
un peu de tristesse, car elle ne comprenait pas comment
Edmond pouva
it l’oublier et tout à coup elle ressentit une
anxiété. Elle ne pouvait détacher ses yeux de la prairie et ob-
server tout ce qui s’y passait. D’abord M
lle
Crawford et son

81

compagnon firent au pas le tour du champ, qui n’était pas
petit, puis ils commencèrent
un petit galop, et c
e
la paraissait
extraordinaire à la nature plutôt timide de Fanny de voir
comment elle montait. Après quelques minutes ils
s’arrêtèrent complètement, Edmond était tout près d’elle et
lui parlait. Il lui expliquait évidemment la façon de
tenir ses
rênes et lui avait pris la main
; son imagination devina ce que
ces yeux ne pouvaient pas voir. Elle n’avait pas à s’étonner
de tout cela. Quoi de plus naturel qu’Edmond soit complai-
sant et dépensât sa bonté envers tout le monde
? Elle pensait
q
ue M.
Crawford aurait pu aussi bien lui éviter cet ennui et
qu’il eût été plus log
i
que que ce fut lui, le frère, qui apprît à
sa sœur à monter, mais M.
Crawford, malgré son charmant
caractère et ses talents de cocher, ne connaissait probable-
ment rien à l’é
quitation et avait moins de patience
qu’Edmond. Elle pensa que c’était bien fat
i
gant pour la
pauvre jument d’avoir ainsi un double travail à fournir, et si
elle était oubliée, le cheval ne le serait pas
!
Ses sentiments furent un peu tranquillisés lorsqu’e
lle vit
le petit groupe dispersé et M
lle
Crawford encore à cheval,
conduite par Edmond à pied, traverser la grille et prendre le
chemin au bout duquel elle attendait. Elle eut peur de pa-
raître impolie et impatiente et marcha à leur rencontre avec
l’idée de
dissiper tout soupçon.

Ma chère M
lle
Price, dit M
lle
Crawford dès qu’elle
l’aperçut. Je viens vous faire moi

même des excuses pour
vous avoir fait attendre, mais je n’ai aucune excuse à dire. Je
savais qu’il était tard et que j’agissais très mal, et cep
endant,
s’il vous plaît, pardonnez

moi. L’égoïsme doit toujours être
pardonné, vous savez, car il n’y a aucun espoir d’y remédier.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

Je vous assure que rien ne me fatigue, si
non descendre
de ce cheval, dit

elle en sautant à terre avec son aide, je suis
très forte et je ne suis fatiguée que lorsque je fais ce que je
n’aime pas de faire. M
lle
Price, je vous cède ma place de
mauvaise grâce, mais je souhaite sincèrement que vous f
as-
siez une bonne pr
o
menade et que je n’entendrai dire que du
bien de ce cher dél
i
cieux animal.
Le vieux cocher qui attendait avec son cheval, aux envi-
rons, les avait rejoints maintenant, et Fanny montant sur le
sien ils se dirigèrent vers une autre partie
du parc. Mais son
sentiment d’anxiété ne l’avait pas quittée, tandis qu’elle les
regardait ma
r
chant côte à côte vers le village et se souvenait
des talents d’écuyère vraiment étonnants de M
lle
Crawford,
que son cousin avait observés avec un intérêt au moin
s égal
au sien.

C’est un plaisir de voir une jeune fille avec autant de
di
s
positions, dit le cocher. Je n’ai jamais vu personne monter
avec autant d’aisance. Elle ne semblait pas avoir une ombre
de peur, tout à fait différente de vous, Mademoiselle, quan
d
vous êtes montée pour la première fois il y aura six ans bien-

83

tôt à Pâques. Mon Dieu
! Comme vous trembliez quand Sir
Thomas vous mit sur le cheval la première fois
!
Dans le salon on célébra aussi les talents de
M
lle
Crawford. Le courage et la force que
la nature lui avait
donnés furent très appréciés par les demoiselles Bertram
; le
goût quelle avait de monter était pareil au leur et ses rapides
progrès ne les dépa
s
sant pas, elles eurent grand plaisir à
faire son éloge.

Il était certain qu’elle montera
it bien, dit Julia, elle est
faite pour cela. Son allure est aussi souple que celle de son
frère.

Oui, ajouta Maria, elle a si bon cœur et elle a la même
énergie de caractère. Je ne puis m’empêcher de penser que
bien monter à cheval est souvent une quest
ion de bonne
mentalité.
Quand ils se séparèrent ce soir

là, Edmond demanda à
Fanny si elle avait l’intention de monter à cheval le lende-
main.

Non, je ne crois pas… si vous désirez la jument, ré-
pondit

elle.

Je ne la désire pas du tout pour moi, dit

il,
mais si vous
préfériez rester à la maison, je crois que M
lle
Crawford serait
contente de l’avoir un peu plus longtemps… pour toute la
mat
i
née, en fait. Elle voudrait aller jusqu’aux jardins publics
de Mansfield. M
me
Grant lui a vanté le joli coup d’œil qu’
ils
prése
n
tent et je suis sûr qu’elle sera du même avis. Mais
n’importe quelle matinée conviendrait, car elle ne voudrait
pas vous co
n
trarier et je suis de son avis. Elle ne monte que
pour son plaisir et vous montez pour votre santé.

84


Je ne monterai certa
inement pas demain, dit Fanny. Je
suis beaucoup sortie ces derniers temps et je préférerais res-
ter à la maison. Je suis assez forte maintenant pour pouvoir
me pr
o
mener.
Edmond parut satisfait, ce qui fit plaisir à Fanny, et la
promenade aux jardins publics
fut décidée pour le lendemain
matin. L’excursion comprenait toute la jeunesse excepté elle
et semblait être tout à fait amusante. On en reparla durant
toute la soirée et comme une réunion qui a satisfait tout le
monde en e
n
traîne souvent une autre, ils fi
rent de nouveaux
plans pour le lendemain. Il y avait de nombreux endroits à
visiter et comme la température était chaude, ils décidèrent
de faire des promen
a
des plus ombragées. Pendant quatre
matinées successives, la petite compagnie alla explorer les
envi
rons et faire les honneurs de la contrée aux Crawford.
Tout allait à merveille, la bonne humeur se mêlait au plaisir
des promenades malgré la chaleur torride. Mais le quatrième
jour il y eut une ombre au tableau. Edmond et Julia étaient
invités à dîner au
Presbytère et Maria ne l’était pas. C’était
arrangé par M
me
Grant avec un esprit pa
r
fait, M.
Rushworth
étant justement attendu ce jour là à Man
s
field Park. Mais
Maria sentit l’offense et eut de la peine à diss
i
muler son air
vexé jusqu’à ce qu’elle fut de r
etour chez elle. Comme
M.
Rushworth ne vint pas, l’injure lui parut encore plus pro-
fonde et elle n’avait même pas le soulagement de pouvoir
passer sa mauvaise humeur sur lui. Elle dut se résigner à res-
ter avec sa mère, sa tante et sa cousine, et ne manqua
pas de
mo
n
trer sa mauvaise humeur pendant tout le dîner.
Entre dix et onze heures, Edmond et Julia rentrèrent au
s
a
lon, rafraîchis par l’air du soir, heureux et pleins de gaieté,
ta
n
dis qu’ils trouvaient les trois dames sombres et fâchées,
car M
a
ria ne lev
a même pas les yeux de son livre et Lady

85

Bertram dormait à moitié. Même M
me
Norris, qui avait été
agacée par la mauvaise humeur de sa nièce et dont les
quelques questions à propos du dîner, n’avaient pas reçu une
réponse très rapide, d
é
cida de ne plus rien
dire.
Pendant quelques instants, le frère et la sœur, encore
sous l’influence de la charmante soirée qu’ils venaient de
passer et du délicieux retour dans la nuit fraîche et sous le
ciel plein d’étoiles, ne s’occupèrent guère des autres. Mais
après un m
o
m
ent, Edmond, regardant autour de lui, deman-
da
:

Mais où est Fanny
? Est

elle au lit
?

Non, pas que je sache, reprit M
me
Norris, elle était ici il
y a un moment.
On entendit la douce voix de Fanny partant de l’autre
bout de la chambre, des profondeurs d
’un fauteuil où elle
était insta
l
lée. M
me
Norris commença à la gronder.

C’est tout à fait ridicule, Fanny, de vous isoler comme
c
e
la sur ce fauteuil. Pourquoi ne venez

vous pas vous occu-
per ici comme nous le faisons
? Si vous n’avez pas de petit
travail
à faire, je puis vous en donner à confectionner pour
les pauvres. Il y a toute une pièce d’étoffe qui a été apportée
la semaine de
r
nière, qu’on n’a pas encore touchée. Je me fa-
tiguerai bien fort en la coupant et je trouve que vous pourriez
penser aux autre
s, au lieu de rester à ne rien faire tout le
temps sur ce divan, à v
o
tre âge.
Avant que la moitié de cette long….

SUSPENSE SUSPENSE LES AMIS…

TEL, SKYPE et EMAIL uniquement en message privé !

et un autre pr la route
CHAPITRE VII

Eh, bien
! Fanny, comment trouvez

vous
M
lle
Crawford, maintenant
? demanda Edmond le jour sui-
vant, après avoir pensé longtemps à ce sujet lui

même.
Comment l’avez

vous trouvée hier
?

Très bien, vraiment. J’aime l’entendre parler, elle me
d
i
verti
t et elle est si jolie que j’aime la regarder.

C’est sa façon d’être qui est si attrayante. Elle a un si
joli jeu de physionomie
! Mais n’avez

vous pas été frappée,
par quelque chose de déplacé dans sa conduite
?

Oh oui, elle n’aurait pas dû parler de
son oncle comme
elle l’a fait. Cela m’a fort étonnée. Un oncle avec qui elle a
vécu de si nombreuses années, et qui, quels que soient ses
défauts, aime tant son frère, qu’il traite comme son fils, pa-
raît

il. Je n’aurais pas cru cela
!

J’étais sûr que vou
s en auriez été choquée. Ce n’était
pas joli, ni décent.

Et si ingrat, je trouve.

Ingrat est un grand mot. Je ne crois pas que son oncle
ait aucun droit à sa gratitude, mais sa femme en a, et c’est
par re
s
pect pour la mémoire de sa tante, qu’elle est m
ise ici.
Elle se trouve dans une situation compliquée et avec une
telle objection et un esprit aussi vif il est difficile qu’elle
rende justice à sa tante sans porter une ombre sur l’amiral.
Je ne prétends pas savoir lequel fut le plus à blâmer dans

77

leurs
dissentiments, encore que la conduite actuelle de
l’Amiral inclinerait les sympathies vers sa femme, mais il est
naturel et admissible que M
lle
Crawford défende complète-
ment sa tante. Je ne juge pas ses opinions, mais je la blâme
de les dire en public.

N
e croyez

vous pas, dit Fanny après avoir réfléchi un
peu, que cette antipathie n’est que l’écho du sentiment de
M
me
Crawford puisqu’elle a été élevée entièrement par elle
?
Elle ne peut pas lui avoir fait voir clairement ce que voulait
au juste l’Amiral
?

C’est juste. Oui, nous devons conclure que les défauts
de la nièce sont la copie de ceux de la tante, ce qui nous
donne plus d’indulgence à son égard. Mais je crois que sa
demeure présente doit lui faire beaucoup de bien, car les
idées de M
me
Grant sont
très justes et elle parle de son frère
avec une réelle affection.

Oui, excepté dans sa façon de lui écrire de trop courtes
lettres
! Elle m’a fait rire, mais je ne puis évaluer l’amour ou
le caractère d’un frère, d’après ses lettres et d’après le fait
qu
’il ne se donne pas la peine d’écrire de longues lettres,
quand il n’a rien à dire d’intéressant. Je suis sûre que Wil-
liam n’aurait pas fait cela non plus. Et de quel droit suppose

t

elle que vous n’écririez pas de longues lettres si vous étiez
absent
?

Du droit de son imagination, Fanny. Elle cherche dans
tout ce qui peut contribuer à son propre amusement ou à ce-
lui des autres, ce qui est admissible quand il ne s’y mêle ni
grossi
è
reté ni mauvaise humeur, et il n’y a pas l’ombre de
l’une ou de l’autre dan
s les façons de M
lle
Crawford, qui ne
sont ni âpres, ni bruyantes ni impolies. Elle est très féminine,
excepté dans ce que nous venons de dire, où elle n’a pas

78

d’excuses. Je suis co
n
tent que vous sentiez la même chose
que moi.
Ayant façonné son imagination
et dirigé ses affections il
y avait grande chance qu’elle pense comme lui, quoiqu’à ce
m
o
ment

ci et sur ce sujet il y eût quelque danger qu’ils ne
soient plus d’accord, car il était quant à M
lle
Crawford sur la
pente d’une admiration qui la conduirait où
Fanny ne pou-
vait le su
i
vre. Les attraits de M
lle
Crawford ne
s’amoindrissaient pas, au contraire. La harpe arriva et ajouta
encore à sa beauté, la f
i
nesse et la bonne humeur, car, elle
jouait avec la plus grande obl
i
geance et s’exécutait d’une fa-
çon pleine
de goût et de sent
i
ment, qui était délicieuse et
méritait chaque fois des éloges. Edmond était au presbytère
chaque jour, afin de jouir de son instrument préféré et
chaque matin apportait une invitation pour le lend
e
main, car
la jeune fille était flattée
d’avoir un aud
i
teur et l’habitude fut
vite prise.
Une jeune fille, jolie, vivante, avec une harpe aussi gr
a-
cieuse qu’elle

même, près d’une fenêtre donnant sur un jar-
din fleuri entouré d’arbres couverts de leur riche feuillage
d’été, su
f
fisait pour prendre
le cœur de n’importe quel
homme
! La sa
i
son, le décor, l’air, tout était favorable à la
tendresse et au se
n
timent. M
me
Grant et sa broderie faisaient
partie de l’harmonie et comme l’amour change les aspects de
toutes choses, le pl
a
teau de sandwiches et le
Dr Grant qui
faisait les honneurs co
m
plétèrent l’ensemble. Sans étudier
ses sentiments, et sans les approfondir, à la fin d’une se-
maine, Edmond commençait à être très amoureux et il faut
ajouter tout à l’honneur de la jeune fille, que sans compter le
fait
qu’il était un homme du monde mais n’avait pas comme
son frère l’art de la flatterie et l’art de r
a
conter des histoires
amusantes, il commença à lui plaire éno
r
mément. Elle s’en

79

rendit compte, quoiqu’elle ne s’y attendît pas du tout et
quoiqu’elle pût diff
icilement le prévoir, car il n’avait rien
d’attrayant, ne se donnait aucune peine pour plaire et ne fai-
sait aucun compliment. Ses avis étaient polis, son caractère
tranquille et simple. Il y avait du charme peut

être dans sa
fra
n
chise, son inflexibilité, s
on intégrité, que M
lle
Crawford
était c
a
pable de partager, sans pouvoir les discuter. Elle ne
pensait d’ailleurs pas beaucoup à tout cela, il lui plaisait pour
le m
o
ment, elle aimait de l’avoir près d’elle, cela lui suffisait.
Fanny ne s’étonnait pas de ce
qu’Edmond allât au Pres-
b
y
tère chaque matin, elle aurait aimé y aller également si
elle en avait été priée, pour écouter jouer de la harpe,
comme elle tro
u
vait naturel lorsque le dîner du soir était
terminé et que les f
a
milles se quittaient, qu’Edmond se c
rût
obligé de reconduire M
me
Grant et sa sœur chez elles, tandis
que M.
Crawford était galant envers des jeunes filles du Park.
Mais elle trouvait que c’était un mauvais échange, et si Ed-
mond n’était pas là pour mettre de l’eau dans son vin, elle se
serait
facilement passée de tout le monde. Elle était un peu
surprise qu’il pût passer tant d’heures avec M
lle
Crawford
sans avoir l’air de voir les défauts de celle

ci, dont elle se
souvenait bien quand elle la revoyait. E
d
mond aimait de lui
parler longuement d
e M
lle
Crawford, mais il semblait vouloir
passer sous silence l’Amiral et elle n’osait plus lui en parler
la première, ayant peur de paraître méchante. La première
peine que M
lle
Crawford lui occasionna, fut le désir quelle
manifesta d’apprendre à monter à
cheval. Edmond l’y ayant
encouragée, lui offrit de faire ses premiers essais sur sa ju-
ment, celle

ci étant tout à fait l’animal rêvé pour une déb
u-
tante. Il s’arrangea cependant pour que sa cousine n’en fût
pas privée le moins du monde, car il ne voulait p
as lui faire
ma
n
quer un seul jour d’exercice. La jument serait seulement
conduite au Presbytère une demie

heure avant que les pro-

80

m
e
nades auraient lieu, et Fanny à qui il avait demandé
l’autorisation, ne pouvait que se montrer flattée de sa façon
d’agir à s
on égard.
M
lle
Crawford fit son premier essai avec de bonnes dis-
pos
i
tions, et ne gêna en rien Fanny. Edmond qui avait con-
duit la jument et présidé aux premiers exercices, la ramena
avant même que Fanny ou le cocher qui l’accompagnait dans
ses pr
o
menades, n
e fussent prêts à monter. L’épreuve du se-
cond jour fut moins heureuse. M
lle
Crawford trouvait tant de
plaisir à monter, qu’elle ne désirait pas en finir si vite. Vive et
aud
a
cieuse, quoique plutôt petite, elle semblait faite pour
être écuyère et au plaisir
vraiment réel de l’exercice,
s’ajoutait chez Edmond la fierté de la voir faire des progrès
vraiment étonnants et la peur de la contrarier. Fanny était
prête et attendait et M
me
Norris la grondait de ne pas encore
être partie, mais ni Edmond, ni le cheval
n’apparaissaient à
l’horizon. Enfin, pour éviter sa tante et aller à sa rencontre,
elle sortit.
Quoique les habitations ne fussent éloignées que d’un
demi

mille, elles étaient hors de vue l’une de l’autre, mais en
ma
r
chant jusqu’à cinquante yards de chez e
lle, elle pourrait
voir le bout du parc et jeter un regard sur le Presbytère et la
route qui y conduisait. Elle vit immédiatement le groupe
dans la pra
i
rie de chez le Dr. Grant. Edmond et M
lle
Crawford
tous deux à cheval, côte à côte, puis le Dr. et M
me
Gr
ant et
M.
Crawford avec deux ou trois domestiques attendant aux
environs. Il semblait que tout le monde était bien joyeux car
elle entendait les éclats des voix jusque

là. Elle en éprouva
un peu de tristesse, car elle ne comprenait pas comment
Edmond pouva
it l’oublier et tout à coup elle ressentit une
anxiété. Elle ne pouvait détacher ses yeux de la prairie et ob-
server tout ce qui s’y passait. D’abord M
lle
Crawford et son

81

compagnon firent au pas le tour du champ, qui n’était pas
petit, puis ils commencèrent
un petit galop, et c
e
la paraissait
extraordinaire à la nature plutôt timide de Fanny de voir
comment elle montait. Après quelques minutes ils
s’arrêtèrent complètement, Edmond était tout près d’elle et
lui parlait. Il lui expliquait évidemment la façon de
tenir ses
rênes et lui avait pris la main
; son imagination devina ce que
ces yeux ne pouvaient pas voir. Elle n’avait pas à s’étonner
de tout cela. Quoi de plus naturel qu’Edmond soit complai-
sant et dépensât sa bonté envers tout le monde
? Elle pensait
q
ue M.
Crawford aurait pu aussi bien lui éviter cet ennui et
qu’il eût été plus log
i
que que ce fut lui, le frère, qui apprît à
sa sœur à monter, mais M.
Crawford, malgré son charmant
caractère et ses talents de cocher, ne connaissait probable-
ment rien à l’é
quitation et avait moins de patience
qu’Edmond. Elle pensa que c’était bien fat
i
gant pour la
pauvre jument d’avoir ainsi un double travail à fournir, et si
elle était oubliée, le cheval ne le serait pas
!
Ses sentiments furent un peu tranquillisés lorsqu’e
lle vit
le petit groupe dispersé et M
lle
Crawford encore à cheval,
conduite par Edmond à pied, traverser la grille et prendre le
chemin au bout duquel elle attendait. Elle eut peur de pa-
raître impolie et impatiente et marcha à leur rencontre avec
l’idée de
dissiper tout soupçon.

Ma chère M
lle
Price, dit M
lle
Crawford dès qu’elle
l’aperçut. Je viens vous faire moi

même des excuses pour
vous avoir fait attendre, mais je n’ai aucune excuse à dire. Je
savais qu’il était tard et que j’agissais très mal, et cep
endant,
s’il vous plaît, pardonnez

moi. L’égoïsme doit toujours être
pardonné, vous savez, car il n’y a aucun espoir d’y remédier.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

Je vous assure que rien ne me fatigue, si
non descendre
de ce cheval, dit

elle en sautant à terre avec son aide, je suis
très forte et je ne suis fatiguée que lorsque je fais ce que je
n’aime pas de faire. M
lle
Price, je vous cède ma place de
mauvaise grâce, mais je souhaite sincèrement que vous f
as-
siez une bonne pr
o
menade et que je n’entendrai dire que du
bien de ce cher dél
i
cieux animal.
Le vieux cocher qui attendait avec son cheval, aux envi-
rons, les avait rejoints maintenant, et Fanny montant sur le
sien ils se dirigèrent vers une autre partie
du parc. Mais son
sentiment d’anxiété ne l’avait pas quittée, tandis qu’elle les
regardait ma
r
chant côte à côte vers le village et se souvenait
des talents d’écuyère vraiment étonnants de M
lle
Crawford,
que son cousin avait observés avec un intérêt au moin
s égal
au sien.

C’est un plaisir de voir une jeune fille avec autant de
di
s
positions, dit le cocher. Je n’ai jamais vu personne monter
avec autant d’aisance. Elle ne semblait pas avoir une ombre
de peur, tout à fait différente de vous, Mademoiselle, quan
d
vous êtes montée pour la première fois il y aura six ans bien-

83

tôt à Pâques. Mon Dieu
! Comme vous trembliez quand Sir
Thomas vous mit sur le cheval la première fois
!
Dans le salon on célébra aussi les talents de
M
lle
Crawford. Le courage et la force que
la nature lui avait
donnés furent très appréciés par les demoiselles Bertram
; le
goût quelle avait de monter était pareil au leur et ses rapides
progrès ne les dépa
s
sant pas, elles eurent grand plaisir à
faire son éloge.

Il était certain qu’elle montera
it bien, dit Julia, elle est
faite pour cela. Son allure est aussi souple que celle de son
frère.

Oui, ajouta Maria, elle a si bon cœur et elle a la même
énergie de caractère. Je ne puis m’empêcher de penser que
bien monter à cheval est souvent une quest
ion de bonne
mentalité.
Quand ils se séparèrent ce soir

là, Edmond demanda à
Fanny si elle avait l’intention de monter à cheval le lende-
main.

Non, je ne crois pas… si vous désirez la jument, ré-
pondit

elle.

Je ne la désire pas du tout pour moi, dit

il,
mais si vous
préfériez rester à la maison, je crois que M
lle
Crawford serait
contente de l’avoir un peu plus longtemps… pour toute la
mat
i
née, en fait. Elle voudrait aller jusqu’aux jardins publics
de Mansfield. M
me
Grant lui a vanté le joli coup d’œil qu’
ils
prése
n
tent et je suis sûr qu’elle sera du même avis. Mais
n’importe quelle matinée conviendrait, car elle ne voudrait
pas vous co
n
trarier et je suis de son avis. Elle ne monte que
pour son plaisir et vous montez pour votre santé.

84


Je ne monterai certa
inement pas demain, dit Fanny. Je
suis beaucoup sortie ces derniers temps et je préférerais res-
ter à la maison. Je suis assez forte maintenant pour pouvoir
me pr
o
mener.
Edmond parut satisfait, ce qui fit plaisir à Fanny, et la
promenade aux jardins publics
fut décidée pour le lendemain
matin. L’excursion comprenait toute la jeunesse excepté elle
et semblait être tout à fait amusante. On en reparla durant
toute la soirée et comme une réunion qui a satisfait tout le
monde en e
n
traîne souvent une autre, ils fi
rent de nouveaux
plans pour le lendemain. Il y avait de nombreux endroits à
visiter et comme la température était chaude, ils décidèrent
de faire des promen
a
des plus ombragées. Pendant quatre
matinées successives, la petite compagnie alla explorer les
envi
rons et faire les honneurs de la contrée aux Crawford.
Tout allait à merveille, la bonne humeur se mêlait au plaisir
des promenades malgré la chaleur torride. Mais le quatrième
jour il y eut une ombre au tableau. Edmond et Julia étaient
invités à dîner au
Presbytère et Maria ne l’était pas. C’était
arrangé par M
me
Grant avec un esprit pa
r
fait, M.
Rushworth
étant justement attendu ce jour là à Man
s
field Park. Mais
Maria sentit l’offense et eut de la peine à diss
i
muler son air
vexé jusqu’à ce qu’elle fut de r
etour chez elle. Comme
M.
Rushworth ne vint pas, l’injure lui parut encore plus pro-
fonde et elle n’avait même pas le soulagement de pouvoir
passer sa mauvaise humeur sur lui. Elle dut se résigner à res-
ter avec sa mère, sa tante et sa cousine, et ne manqua
pas de
mo
n
trer sa mauvaise humeur pendant tout le dîner.
Entre dix et onze heures, Edmond et Julia rentrèrent au
s
a
lon, rafraîchis par l’air du soir, heureux et pleins de gaieté,
ta
n
dis qu’ils trouvaient les trois dames sombres et fâchées,
car M
a
ria ne lev
a même pas les yeux de son livre et Lady

85

Bertram dormait à moitié. Même M
me
Norris, qui avait été
agacée par la mauvaise humeur de sa nièce et dont les
quelques questions à propos du dîner, n’avaient pas reçu une
réponse très rapide, d
é
cida de ne plus rien
dire.
Pendant quelques instants, le frère et la sœur, encore
sous l’influence de la charmante soirée qu’ils venaient de
passer et du délicieux retour dans la nuit fraîche et sous le
ciel plein d’étoiles, ne s’occupèrent guère des autres. Mais
après un m
o
m
ent, Edmond, regardant autour de lui, deman-
da
:

Mais où est Fanny
? Est

elle au lit
?

Non, pas que je sache, reprit M
me
Norris, elle était ici il
y a un moment.
On entendit la douce voix de Fanny partant de l’autre
bout de la chambre, des profondeurs d
’un fauteuil où elle
était insta
l
lée. M
me
Norris commença à la gronder.

C’est tout à fait ridicule, Fanny, de vous isoler comme
c
e
la sur ce fauteuil. Pourquoi ne venez

vous pas vous occu-
per ici comme nous le faisons
? Si vous n’avez pas de petit
travail
à faire, je puis vous en donner à confectionner pour
les pauvres. Il y a toute une pièce d’étoffe qui a été apportée
la semaine de
r
nière, qu’on n’a pas encore touchée. Je me fa-
tiguerai bien fort en la coupant et je trouve que vous pourriez
penser aux autre
s, au lieu de rester à ne rien faire tout le
temps sur ce divan, à v
o
tre âge.
Avant que la moitié de cette long….

SUSPENSE SUSPENSE LES AMIS…

CHAPITRE VII

Eh, bien
! Fanny, comment trouvez

vous
M
lle
Crawford, maintenant
? demanda Edmond le jour sui-
vant, après avoir pensé longtemps à ce sujet lui

même.
Comment l’avez

vous trouvée hier
?

Très bien, vraiment. J’aime l’entendre parler, elle me
d
i
verti
t et elle est si jolie que j’aime la regarder.

C’est sa façon d’être qui est si attrayante. Elle a un si
joli jeu de physionomie
! Mais n’avez

vous pas été frappée,
par quelque chose de déplacé dans sa conduite
?

Oh oui, elle n’aurait pas dû parler de
son oncle comme
elle l’a fait. Cela m’a fort étonnée. Un oncle avec qui elle a
vécu de si nombreuses années, et qui, quels que soient ses
défauts, aime tant son frère, qu’il traite comme son fils, pa-
raît

il. Je n’aurais pas cru cela
!

J’étais sûr que vou
s en auriez été choquée. Ce n’était
pas joli, ni décent.

Et si ingrat, je trouve.

Ingrat est un grand mot. Je ne crois pas que son oncle
ait aucun droit à sa gratitude, mais sa femme en a, et c’est
par re
s
pect pour la mémoire de sa tante, qu’elle est m
ise ici.
Elle se trouve dans une situation compliquée et avec une
telle objection et un esprit aussi vif il est difficile qu’elle
rende justice à sa tante sans porter une ombre sur l’amiral.
Je ne prétends pas savoir lequel fut le plus à blâmer dans

77

leurs
dissentiments, encore que la conduite actuelle de
l’Amiral inclinerait les sympathies vers sa femme, mais il est
naturel et admissible que M
lle
Crawford défende complète-
ment sa tante. Je ne juge pas ses opinions, mais je la blâme
de les dire en public.

N
e croyez

vous pas, dit Fanny après avoir réfléchi un
peu, que cette antipathie n’est que l’écho du sentiment de
M
me
Crawford puisqu’elle a été élevée entièrement par elle
?
Elle ne peut pas lui avoir fait voir clairement ce que voulait
au juste l’Amiral
?

C’est juste. Oui, nous devons conclure que les défauts
de la nièce sont la copie de ceux de la tante, ce qui nous
donne plus d’indulgence à son égard. Mais je crois que sa
demeure présente doit lui faire beaucoup de bien, car les
idées de M
me
Grant sont
très justes et elle parle de son frère
avec une réelle affection.

Oui, excepté dans sa façon de lui écrire de trop courtes
lettres
! Elle m’a fait rire, mais je ne puis évaluer l’amour ou
le caractère d’un frère, d’après ses lettres et d’après le fait
qu
’il ne se donne pas la peine d’écrire de longues lettres,
quand il n’a rien à dire d’intéressant. Je suis sûre que Wil-
liam n’aurait pas fait cela non plus. Et de quel droit suppose

t

elle que vous n’écririez pas de longues lettres si vous étiez
absent
?

Du droit de son imagination, Fanny. Elle cherche dans
tout ce qui peut contribuer à son propre amusement ou à ce-
lui des autres, ce qui est admissible quand il ne s’y mêle ni
grossi
è
reté ni mauvaise humeur, et il n’y a pas l’ombre de
l’une ou de l’autre dan
s les façons de M
lle
Crawford, qui ne
sont ni âpres, ni bruyantes ni impolies. Elle est très féminine,
excepté dans ce que nous venons de dire, où elle n’a pas

78

d’excuses. Je suis co
n
tent que vous sentiez la même chose
que moi.
Ayant façonné son imagination
et dirigé ses affections il
y avait grande chance qu’elle pense comme lui, quoiqu’à ce
m
o
ment

ci et sur ce sujet il y eût quelque danger qu’ils ne
soient plus d’accord, car il était quant à M
lle
Crawford sur la
pente d’une admiration qui la conduirait où
Fanny ne pou-
vait le su
i
vre. Les attraits de M
lle
Crawford ne
s’amoindrissaient pas, au contraire. La harpe arriva et ajouta
encore à sa beauté, la f
i
nesse et la bonne humeur, car, elle
jouait avec la plus grande obl
i
geance et s’exécutait d’une fa-
çon pleine
de goût et de sent
i
ment, qui était délicieuse et
méritait chaque fois des éloges. Edmond était au presbytère
chaque jour, afin de jouir de son instrument préféré et
chaque matin apportait une invitation pour le lend
e
main, car
la jeune fille était flattée
d’avoir un aud
i
teur et l’habitude fut
vite prise.
Une jeune fille, jolie, vivante, avec une harpe aussi gr
a-
cieuse qu’elle

même, près d’une fenêtre donnant sur un jar-
din fleuri entouré d’arbres couverts de leur riche feuillage
d’été, su
f
fisait pour prendre
le cœur de n’importe quel
homme
! La sa
i
son, le décor, l’air, tout était favorable à la
tendresse et au se
n
timent. M
me
Grant et sa broderie faisaient
partie de l’harmonie et comme l’amour change les aspects de
toutes choses, le pl
a
teau de sandwiches et le
Dr Grant qui
faisait les honneurs co
m
plétèrent l’ensemble. Sans étudier
ses sentiments, et sans les approfondir, à la fin d’une se-
maine, Edmond commençait à être très amoureux et il faut
ajouter tout à l’honneur de la jeune fille, que sans compter le
fait
qu’il était un homme du monde mais n’avait pas comme
son frère l’art de la flatterie et l’art de r
a
conter des histoires
amusantes, il commença à lui plaire éno
r
mément. Elle s’en

79

rendit compte, quoiqu’elle ne s’y attendît pas du tout et
quoiqu’elle pût diff
icilement le prévoir, car il n’avait rien
d’attrayant, ne se donnait aucune peine pour plaire et ne fai-
sait aucun compliment. Ses avis étaient polis, son caractère
tranquille et simple. Il y avait du charme peut

être dans sa
fra
n
chise, son inflexibilité, s
on intégrité, que M
lle
Crawford
était c
a
pable de partager, sans pouvoir les discuter. Elle ne
pensait d’ailleurs pas beaucoup à tout cela, il lui plaisait pour
le m
o
ment, elle aimait de l’avoir près d’elle, cela lui suffisait.
Fanny ne s’étonnait pas de ce
qu’Edmond allât au Pres-
b
y
tère chaque matin, elle aurait aimé y aller également si
elle en avait été priée, pour écouter jouer de la harpe,
comme elle tro
u
vait naturel lorsque le dîner du soir était
terminé et que les f
a
milles se quittaient, qu’Edmond se c
rût
obligé de reconduire M
me
Grant et sa sœur chez elles, tandis
que M.
Crawford était galant envers des jeunes filles du Park.
Mais elle trouvait que c’était un mauvais échange, et si Ed-
mond n’était pas là pour mettre de l’eau dans son vin, elle se
serait
facilement passée de tout le monde. Elle était un peu
surprise qu’il pût passer tant d’heures avec M
lle
Crawford
sans avoir l’air de voir les défauts de celle

ci, dont elle se
souvenait bien quand elle la revoyait. E
d
mond aimait de lui
parler longuement d
e M
lle
Crawford, mais il semblait vouloir
passer sous silence l’Amiral et elle n’osait plus lui en parler
la première, ayant peur de paraître méchante. La première
peine que M
lle
Crawford lui occasionna, fut le désir quelle
manifesta d’apprendre à monter à
cheval. Edmond l’y ayant
encouragée, lui offrit de faire ses premiers essais sur sa ju-
ment, celle

ci étant tout à fait l’animal rêvé pour une déb
u-
tante. Il s’arrangea cependant pour que sa cousine n’en fût
pas privée le moins du monde, car il ne voulait p
as lui faire
ma
n
quer un seul jour d’exercice. La jument serait seulement
conduite au Presbytère une demie

heure avant que les pro-

80

m
e
nades auraient lieu, et Fanny à qui il avait demandé
l’autorisation, ne pouvait que se montrer flattée de sa façon
d’agir à s
on égard.
M
lle
Crawford fit son premier essai avec de bonnes dis-
pos
i
tions, et ne gêna en rien Fanny. Edmond qui avait con-
duit la jument et présidé aux premiers exercices, la ramena
avant même que Fanny ou le cocher qui l’accompagnait dans
ses pr
o
menades, n
e fussent prêts à monter. L’épreuve du se-
cond jour fut moins heureuse. M
lle
Crawford trouvait tant de
plaisir à monter, qu’elle ne désirait pas en finir si vite. Vive et
aud
a
cieuse, quoique plutôt petite, elle semblait faite pour
être écuyère et au plaisir
vraiment réel de l’exercice,
s’ajoutait chez Edmond la fierté de la voir faire des progrès
vraiment étonnants et la peur de la contrarier. Fanny était
prête et attendait et M
me
Norris la grondait de ne pas encore
être partie, mais ni Edmond, ni le cheval
n’apparaissaient à
l’horizon. Enfin, pour éviter sa tante et aller à sa rencontre,
elle sortit.
Quoique les habitations ne fussent éloignées que d’un
demi

mille, elles étaient hors de vue l’une de l’autre, mais en
ma
r
chant jusqu’à cinquante yards de chez e
lle, elle pourrait
voir le bout du parc et jeter un regard sur le Presbytère et la
route qui y conduisait. Elle vit immédiatement le groupe
dans la pra
i
rie de chez le Dr. Grant. Edmond et M
lle
Crawford
tous deux à cheval, côte à côte, puis le Dr. et M
me
Gr
ant et
M.
Crawford avec deux ou trois domestiques attendant aux
environs. Il semblait que tout le monde était bien joyeux car
elle entendait les éclats des voix jusque

là. Elle en éprouva
un peu de tristesse, car elle ne comprenait pas comment
Edmond pouva
it l’oublier et tout à coup elle ressentit une
anxiété. Elle ne pouvait détacher ses yeux de la prairie et ob-
server tout ce qui s’y passait. D’abord M
lle
Crawford et son

81

compagnon firent au pas le tour du champ, qui n’était pas
petit, puis ils commencèrent
un petit galop, et c
e
la paraissait
extraordinaire à la nature plutôt timide de Fanny de voir
comment elle montait. Après quelques minutes ils
s’arrêtèrent complètement, Edmond était tout près d’elle et
lui parlait. Il lui expliquait évidemment la façon de
tenir ses
rênes et lui avait pris la main
; son imagination devina ce que
ces yeux ne pouvaient pas voir. Elle n’avait pas à s’étonner
de tout cela. Quoi de plus naturel qu’Edmond soit complai-
sant et dépensât sa bonté envers tout le monde
? Elle pensait
q
ue M.
Crawford aurait pu aussi bien lui éviter cet ennui et
qu’il eût été plus log
i
que que ce fut lui, le frère, qui apprît à
sa sœur à monter, mais M.
Crawford, malgré son charmant
caractère et ses talents de cocher, ne connaissait probable-
ment rien à l’é
quitation et avait moins de patience
qu’Edmond. Elle pensa que c’était bien fat
i
gant pour la
pauvre jument d’avoir ainsi un double travail à fournir, et si
elle était oubliée, le cheval ne le serait pas
!
Ses sentiments furent un peu tranquillisés lorsqu’e
lle vit
le petit groupe dispersé et M
lle
Crawford encore à cheval,
conduite par Edmond à pied, traverser la grille et prendre le
chemin au bout duquel elle attendait. Elle eut peur de pa-
raître impolie et impatiente et marcha à leur rencontre avec
l’idée de
dissiper tout soupçon.

Ma chère M
lle
Price, dit M
lle
Crawford dès qu’elle
l’aperçut. Je viens vous faire moi

même des excuses pour
vous avoir fait attendre, mais je n’ai aucune excuse à dire. Je
savais qu’il était tard et que j’agissais très mal, et cep
endant,
s’il vous plaît, pardonnez

moi. L’égoïsme doit toujours être
pardonné, vous savez, car il n’y a aucun espoir d’y remédier.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

Je vous assure que rien ne me fatigue, si
non descendre
de ce cheval, dit

elle en sautant à terre avec son aide, je suis
très forte et je ne suis fatiguée que lorsque je fais ce que je
n’aime pas de faire. M
lle
Price, je vous cède ma place de
mauvaise grâce, mais je souhaite sincèrement que vous f
as-
siez une bonne pr
o
menade et que je n’entendrai dire que du
bien de ce cher dél
i
cieux animal.
Le vieux cocher qui attendait avec son cheval, aux envi-
rons, les avait rejoints maintenant, et Fanny montant sur le
sien ils se dirigèrent vers une autre partie
du parc. Mais son
sentiment d’anxiété ne l’avait pas quittée, tandis qu’elle les
regardait ma
r
chant côte à côte vers le village et se souvenait
des talents d’écuyère vraiment étonnants de M
lle
Crawford,
que son cousin avait observés avec un intérêt au moin
s égal
au sien.

C’est un plaisir de voir une jeune fille avec autant de
di
s
positions, dit le cocher. Je n’ai jamais vu personne monter
avec autant d’aisance. Elle ne semblait pas avoir une ombre
de peur, tout à fait différente de vous, Mademoiselle, quan
d
vous êtes montée pour la première fois il y aura six ans bien-

83

tôt à Pâques. Mon Dieu
! Comme vous trembliez quand Sir
Thomas vous mit sur le cheval la première fois
!
Dans le salon on célébra aussi les talents de
M
lle
Crawford. Le courage et la force que
la nature lui avait
donnés furent très appréciés par les demoiselles Bertram
; le
goût quelle avait de monter était pareil au leur et ses rapides
progrès ne les dépa
s
sant pas, elles eurent grand plaisir à
faire son éloge.

Il était certain qu’elle montera
it bien, dit Julia, elle est
faite pour cela. Son allure est aussi souple que celle de son
frère.

Oui, ajouta Maria, elle a si bon cœur et elle a la même
énergie de caractère. Je ne puis m’empêcher de penser que
bien monter à cheval est souvent une quest
ion de bonne
mentalité.
Quand ils se séparèrent ce soir

là, Edmond demanda à
Fanny si elle avait l’intention de monter à cheval le lende-
main.

Non, je ne crois pas… si vous désirez la jument, ré-
pondit

elle.

Je ne la désire pas du tout pour moi, dit

il,
mais si vous
préfériez rester à la maison, je crois que M
lle
Crawford serait
contente de l’avoir un peu plus longtemps… pour toute la
mat
i
née, en fait. Elle voudrait aller jusqu’aux jardins publics
de Mansfield. M
me
Grant lui a vanté le joli coup d’œil qu’
ils
prése
n
tent et je suis sûr qu’elle sera du même avis. Mais
n’importe quelle matinée conviendrait, car elle ne voudrait
pas vous co
n
trarier et je suis de son avis. Elle ne monte que
pour son plaisir et vous montez pour votre santé.

84


Je ne monterai certa
inement pas demain, dit Fanny. Je
suis beaucoup sortie ces derniers temps et je préférerais res-
ter à la maison. Je suis assez forte maintenant pour pouvoir
me pr
o
mener.
Edmond parut satisfait, ce qui fit plaisir à Fanny, et la
promenade aux jardins publics
fut décidée pour le lendemain
matin. L’excursion comprenait toute la jeunesse excepté elle
et semblait être tout à fait amusante. On en reparla durant
toute la soirée et comme une réunion qui a satisfait tout le
monde en e
n
traîne souvent une autre, ils fi
rent de nouveaux
plans pour le lendemain. Il y avait de nombreux endroits à
visiter et comme la température était chaude, ils décidèrent
de faire des promen
a
des plus ombragées. Pendant quatre
matinées successives, la petite compagnie alla explorer les
envi
rons et faire les honneurs de la contrée aux Crawford.
Tout allait à merveille, la bonne humeur se mêlait au plaisir
des promenades malgré la chaleur torride. Mais le quatrième
jour il y eut une ombre au tableau. Edmond et Julia étaient
invités à dîner au
Presbytère et Maria ne l’était pas. C’était
arrangé par M
me
Grant avec un esprit pa
r
fait, M.
Rushworth
étant justement attendu ce jour là à Man
s
field Park. Mais
Maria sentit l’offense et eut de la peine à diss
i
muler son air
vexé jusqu’à ce qu’elle fut de r
etour chez elle. Comme
M.
Rushworth ne vint pas, l’injure lui parut encore plus pro-
fonde et elle n’avait même pas le soulagement de pouvoir
passer sa mauvaise humeur sur lui. Elle dut se résigner à res-
ter avec sa mère, sa tante et sa cousine, et ne manqua
pas de
mo
n
trer sa mauvaise humeur pendant tout le dîner.
Entre dix et onze heures, Edmond et Julia rentrèrent au
s
a
lon, rafraîchis par l’air du soir, heureux et pleins de gaieté,
ta
n
dis qu’ils trouvaient les trois dames sombres et fâchées,
car M
a
ria ne lev
a même pas les yeux de son livre et Lady

85

Bertram dormait à moitié. Même M
me
Norris, qui avait été
agacée par la mauvaise humeur de sa nièce et dont les
quelques questions à propos du dîner, n’avaient pas reçu une
réponse très rapide, d
é
cida de ne plus rien
dire.
Pendant quelques instants, le frère et la sœur, encore
sous l’influence de la charmante soirée qu’ils venaient de
passer et du délicieux retour dans la nuit fraîche et sous le
ciel plein d’étoiles, ne s’occupèrent guère des autres. Mais
après un m
o
m
ent, Edmond, regardant autour de lui, deman-
da
:

Mais où est Fanny
? Est

elle au lit
?

Non, pas que je sache, reprit M
me
Norris, elle était ici il
y a un moment.
On entendit la douce voix de Fanny partant de l’autre
bout de la chambre, des profondeurs d
’un fauteuil où elle
était insta
l
lée. M
me
Norris commença à la gronder.

C’est tout à fait ridicule, Fanny, de vous isoler comme
c
e
la sur ce fauteuil. Pourquoi ne venez

vous pas vous occu-
per ici comme nous le faisons
? Si vous n’avez pas de petit
travail
à faire, je puis vous en donner à confectionner pour
les pauvres. Il y a toute une pièce d’étoffe qui a été apportée
la semaine de
r
nière, qu’on n’a pas encore touchée. Je me fa-
tiguerai bien fort en la coupant et je trouve que vous pourriez
penser aux autre
s, au lieu de rester à ne rien faire tout le
temps sur ce divan, à v
o
tre âge.
Avant que la moitié de cette long….

SUSPENSE SUSPENSE LES AMIS…

CHAPITRE VII

Eh, bien
! Fanny, comment trouvez

vous
M
lle
Crawford, maintenant
? demanda Edmond le jour sui-
vant, après avoir pensé longtemps à ce sujet lui

même.
Comment l’avez

vous trouvée hier
?

Très bien, vraiment. J’aime l’entendre parler, elle me
d
i
verti
t et elle est si jolie que j’aime la regarder.

C’est sa façon d’être qui est si attrayante. Elle a un si
joli jeu de physionomie
! Mais n’avez

vous pas été frappée,
par quelque chose de déplacé dans sa conduite
?

Oh oui, elle n’aurait pas dû parler de
son oncle comme
elle l’a fait. Cela m’a fort étonnée. Un oncle avec qui elle a
vécu de si nombreuses années, et qui, quels que soient ses
défauts, aime tant son frère, qu’il traite comme son fils, pa-
raît

il. Je n’aurais pas cru cela
!

J’étais sûr que vou
s en auriez été choquée. Ce n’était
pas joli, ni décent.

Et si ingrat, je trouve.

Ingrat est un grand mot. Je ne crois pas que son oncle
ait aucun droit à sa gratitude, mais sa femme en a, et c’est
par re
s
pect pour la mémoire de sa tante, qu’elle est m
ise ici.
Elle se trouve dans une situation compliquée et avec une
telle objection et un esprit aussi vif il est difficile qu’elle
rende justice à sa tante sans porter une ombre sur l’amiral.
Je ne prétends pas savoir lequel fut le plus à blâmer dans

77

leurs
dissentiments, encore que la conduite actuelle de
l’Amiral inclinerait les sympathies vers sa femme, mais il est
naturel et admissible que M
lle
Crawford défende complète-
ment sa tante. Je ne juge pas ses opinions, mais je la blâme
de les dire en public.

N
e croyez

vous pas, dit Fanny après avoir réfléchi un
peu, que cette antipathie n’est que l’écho du sentiment de
M
me
Crawford puisqu’elle a été élevée entièrement par elle
?
Elle ne peut pas lui avoir fait voir clairement ce que voulait
au juste l’Amiral
?

C’est juste. Oui, nous devons conclure que les défauts
de la nièce sont la copie de ceux de la tante, ce qui nous
donne plus d’indulgence à son égard. Mais je crois que sa
demeure présente doit lui faire beaucoup de bien, car les
idées de M
me
Grant sont
très justes et elle parle de son frère
avec une réelle affection.

Oui, excepté dans sa façon de lui écrire de trop courtes
lettres
! Elle m’a fait rire, mais je ne puis évaluer l’amour ou
le caractère d’un frère, d’après ses lettres et d’après le fait
qu
’il ne se donne pas la peine d’écrire de longues lettres,
quand il n’a rien à dire d’intéressant. Je suis sûre que Wil-
liam n’aurait pas fait cela non plus. Et de quel droit suppose

t

elle que vous n’écririez pas de longues lettres si vous étiez
absent
?

Du droit de son imagination, Fanny. Elle cherche dans
tout ce qui peut contribuer à son propre amusement ou à ce-
lui des autres, ce qui est admissible quand il ne s’y mêle ni
grossi
è
reté ni mauvaise humeur, et il n’y a pas l’ombre de
l’une ou de l’autre dan
s les façons de M
lle
Crawford, qui ne
sont ni âpres, ni bruyantes ni impolies. Elle est très féminine,
excepté dans ce que nous venons de dire, où elle n’a pas

78

d’excuses. Je suis co
n
tent que vous sentiez la même chose
que moi.
Ayant façonné son imagination
et dirigé ses affections il
y avait grande chance qu’elle pense comme lui, quoiqu’à ce
m
o
ment

ci et sur ce sujet il y eût quelque danger qu’ils ne
soient plus d’accord, car il était quant à M
lle
Crawford sur la
pente d’une admiration qui la conduirait où
Fanny ne pou-
vait le su
i
vre. Les attraits de M
lle
Crawford ne
s’amoindrissaient pas, au contraire. La harpe arriva et ajouta
encore à sa beauté, la f
i
nesse et la bonne humeur, car, elle
jouait avec la plus grande obl
i
geance et s’exécutait d’une fa-
çon pleine
de goût et de sent
i
ment, qui était délicieuse et
méritait chaque fois des éloges. Edmond était au presbytère
chaque jour, afin de jouir de son instrument préféré et
chaque matin apportait une invitation pour le lend
e
main, car
la jeune fille était flattée
d’avoir un aud
i
teur et l’habitude fut
vite prise.
Une jeune fille, jolie, vivante, avec une harpe aussi gr
a-
cieuse qu’elle

même, près d’une fenêtre donnant sur un jar-
din fleuri entouré d’arbres couverts de leur riche feuillage
d’été, su
f
fisait pour prendre
le cœur de n’importe quel
homme
! La sa
i
son, le décor, l’air, tout était favorable à la
tendresse et au se
n
timent. M
me
Grant et sa broderie faisaient
partie de l’harmonie et comme l’amour change les aspects de
toutes choses, le pl
a
teau de sandwiches et le
Dr Grant qui
faisait les honneurs co
m
plétèrent l’ensemble. Sans étudier
ses sentiments, et sans les approfondir, à la fin d’une se-
maine, Edmond commençait à être très amoureux et il faut
ajouter tout à l’honneur de la jeune fille, que sans compter le
fait
qu’il était un homme du monde mais n’avait pas comme
son frère l’art de la flatterie et l’art de r
a
conter des histoires
amusantes, il commença à lui plaire éno
r
mément. Elle s’en

79

rendit compte, quoiqu’elle ne s’y attendît pas du tout et
quoiqu’elle pût diff
icilement le prévoir, car il n’avait rien
d’attrayant, ne se donnait aucune peine pour plaire et ne fai-
sait aucun compliment. Ses avis étaient polis, son caractère
tranquille et simple. Il y avait du charme peut

être dans sa
fra
n
chise, son inflexibilité, s
on intégrité, que M
lle
Crawford
était c
a
pable de partager, sans pouvoir les discuter. Elle ne
pensait d’ailleurs pas beaucoup à tout cela, il lui plaisait pour
le m
o
ment, elle aimait de l’avoir près d’elle, cela lui suffisait.
Fanny ne s’étonnait pas de ce
qu’Edmond allât au Pres-
b
y
tère chaque matin, elle aurait aimé y aller également si
elle en avait été priée, pour écouter jouer de la harpe,
comme elle tro
u
vait naturel lorsque le dîner du soir était
terminé et que les f
a
milles se quittaient, qu’Edmond se c
rût
obligé de reconduire M
me
Grant et sa sœur chez elles, tandis
que M.
Crawford était galant envers des jeunes filles du Park.
Mais elle trouvait que c’était un mauvais échange, et si Ed-
mond n’était pas là pour mettre de l’eau dans son vin, elle se
serait
facilement passée de tout le monde. Elle était un peu
surprise qu’il pût passer tant d’heures avec M
lle
Crawford
sans avoir l’air de voir les défauts de celle

ci, dont elle se
souvenait bien quand elle la revoyait. E
d
mond aimait de lui
parler longuement d
e M
lle
Crawford, mais il semblait vouloir
passer sous silence l’Amiral et elle n’osait plus lui en parler
la première, ayant peur de paraître méchante. La première
peine que M
lle
Crawford lui occasionna, fut le désir quelle
manifesta d’apprendre à monter à
cheval. Edmond l’y ayant
encouragée, lui offrit de faire ses premiers essais sur sa ju-
ment, celle

ci étant tout à fait l’animal rêvé pour une déb
u-
tante. Il s’arrangea cependant pour que sa cousine n’en fût
pas privée le moins du monde, car il ne voulait p
as lui faire
ma
n
quer un seul jour d’exercice. La jument serait seulement
conduite au Presbytère une demie

heure avant que les pro-

80

m
e
nades auraient lieu, et Fanny à qui il avait demandé
l’autorisation, ne pouvait que se montrer flattée de sa façon
d’agir à s
on égard.
M
lle
Crawford fit son premier essai avec de bonnes dis-
pos
i
tions, et ne gêna en rien Fanny. Edmond qui avait con-
duit la jument et présidé aux premiers exercices, la ramena
avant même que Fanny ou le cocher qui l’accompagnait dans
ses pr
o
menades, n
e fussent prêts à monter. L’épreuve du se-
cond jour fut moins heureuse. M
lle
Crawford trouvait tant de
plaisir à monter, qu’elle ne désirait pas en finir si vite. Vive et
aud
a
cieuse, quoique plutôt petite, elle semblait faite pour
être écuyère et au plaisir
vraiment réel de l’exercice,
s’ajoutait chez Edmond la fierté de la voir faire des progrès
vraiment étonnants et la peur de la contrarier. Fanny était
prête et attendait et M
me
Norris la grondait de ne pas encore
être partie, mais ni Edmond, ni le cheval
n’apparaissaient à
l’horizon. Enfin, pour éviter sa tante et aller à sa rencontre,
elle sortit.
Quoique les habitations ne fussent éloignées que d’un
demi

mille, elles étaient hors de vue l’une de l’autre, mais en
ma
r
chant jusqu’à cinquante yards de chez e
lle, elle pourrait
voir le bout du parc et jeter un regard sur le Presbytère et la
route qui y conduisait. Elle vit immédiatement le groupe
dans la pra
i
rie de chez le Dr. Grant. Edmond et M
lle
Crawford
tous deux à cheval, côte à côte, puis le Dr. et M
me
Gr
ant et
M.
Crawford avec deux ou trois domestiques attendant aux
environs. Il semblait que tout le monde était bien joyeux car
elle entendait les éclats des voix jusque

là. Elle en éprouva
un peu de tristesse, car elle ne comprenait pas comment
Edmond pouva
it l’oublier et tout à coup elle ressentit une
anxiété. Elle ne pouvait détacher ses yeux de la prairie et ob-
server tout ce qui s’y passait. D’abord M
lle
Crawford et son

81

compagnon firent au pas le tour du champ, qui n’était pas
petit, puis ils commencèrent
un petit galop, et c
e
la paraissait
extraordinaire à la nature plutôt timide de Fanny de voir
comment elle montait. Après quelques minutes ils
s’arrêtèrent complètement, Edmond était tout près d’elle et
lui parlait. Il lui expliquait évidemment la façon de
tenir ses
rênes et lui avait pris la main
; son imagination devina ce que
ces yeux ne pouvaient pas voir. Elle n’avait pas à s’étonner
de tout cela. Quoi de plus naturel qu’Edmond soit complai-
sant et dépensât sa bonté envers tout le monde
? Elle pensait
q
ue M.
Crawford aurait pu aussi bien lui éviter cet ennui et
qu’il eût été plus log
i
que que ce fut lui, le frère, qui apprît à
sa sœur à monter, mais M.
Crawford, malgré son charmant
caractère et ses talents de cocher, ne connaissait probable-
ment rien à l’é
quitation et avait moins de patience
qu’Edmond. Elle pensa que c’était bien fat
i
gant pour la
pauvre jument d’avoir ainsi un double travail à fournir, et si
elle était oubliée, le cheval ne le serait pas
!
Ses sentiments furent un peu tranquillisés lorsqu’e
lle vit
le petit groupe dispersé et M
lle
Crawford encore à cheval,
conduite par Edmond à pied, traverser la grille et prendre le
chemin au bout duquel elle attendait. Elle eut peur de pa-
raître impolie et impatiente et marcha à leur rencontre avec
l’idée de
dissiper tout soupçon.

Ma chère M
lle
Price, dit M
lle
Crawford dès qu’elle
l’aperçut. Je viens vous faire moi

même des excuses pour
vous avoir fait attendre, mais je n’ai aucune excuse à dire. Je
savais qu’il était tard et que j’agissais très mal, et cep
endant,
s’il vous plaît, pardonnez

moi. L’égoïsme doit toujours être
pardonné, vous savez, car il n’y a aucun espoir d’y remédier.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

82

La réponse de Fanny fut extrêmement correcte. Quant à
Edmond, il se dit convaincu que Fanny n’était pas pressée.

Car il lui
reste plus de temps qu’il n’en faut pour que
ma cousine puisse faire une promenade deux fois plus longue
qu’à l’ordinaire, dit

il, et vous lui avez fait le plus grand bien,
en l’empêchant de monter une demi

heure plus tôt car des
nuages arrivent maintenan
t, ce qui l’empêchera de souffrir
de la chaleur comme tout à l’heure. J’espère que vous ne se-
rez pas fatiguée de tous ces exercices et j’aurais préféré que
vous vous épargniez cette marche pour rentrer chez vous.

Je vous assure que rien ne me fatigue, si
non descendre
de ce cheval, dit

elle en sautant à terre avec son aide, je suis
très forte et je ne suis fatiguée que lorsque je fais ce que je
n’aime pas de faire. M
lle
Price, je vous cède ma place de
mauvaise grâce, mais je souhaite sincèrement que vous f
as-
siez une bonne pr
o
menade et que je n’entendrai dire que du
bien de ce cher dél
i
cieux animal.
Le vieux cocher qui attendait avec son cheval, aux envi-
rons, les avait rejoints maintenant, et Fanny montant sur le
sien ils se dirigèrent vers une autre partie
du parc. Mais son
sentiment d’anxiété ne l’avait pas quittée, tandis qu’elle les
regardait ma
r
chant côte à côte vers le village et se souvenait
des talents d’écuyère vraiment étonnants de M
lle
Crawford,
que son cousin avait observés avec un intérêt au moin
s égal
au sien.

C’est un plaisir de voir une jeune fille avec autant de
di
s
positions, dit le cocher. Je n’ai jamais vu personne monter
avec autant d’aisance. Elle ne semblait pas avoir une ombre
de peur, tout à fait différente de vous, Mademoiselle, quan
d
vous êtes montée pour la première fois il y aura six ans bien-

83

tôt à Pâques. Mon Dieu
! Comme vous trembliez quand Sir
Thomas vous mit sur le cheval la première fois
!
Dans le salon on célébra aussi les talents de
M
lle
Crawford. Le courage et la force que
la nature lui avait
donnés furent très appréciés par les demoiselles Bertram
; le
goût quelle avait de monter était pareil au leur et ses rapides
progrès ne les dépa
s
sant pas, elles eurent grand plaisir à
faire son éloge.

Il était certain qu’elle montera
it bien, dit Julia, elle est
faite pour cela. Son allure est aussi souple que celle de son
frère.

Oui, ajouta Maria, elle a si bon cœur et elle a la même
énergie de caractère. Je ne puis m’empêcher de penser que
bien monter à cheval est souvent une quest
ion de bonne
mentalité.
Quand ils se séparèrent ce soir

là, Edmond demanda à
Fanny si elle avait l’intention de monter à cheval le lende-
main.

Non, je ne crois pas… si vous désirez la jument, ré-
pondit

elle.

Je ne la désire pas du tout pour moi, dit

il,
mais si vous
préfériez rester à la maison, je crois que M
lle
Crawford serait
contente de l’avoir un peu plus longtemps… pour toute la
mat
i
née, en fait. Elle voudrait aller jusqu’aux jardins publics
de Mansfield. M
me
Grant lui a vanté le joli coup d’œil qu’
ils
prése
n
tent et je suis sûr qu’elle sera du même avis. Mais
n’importe quelle matinée conviendrait, car elle ne voudrait
pas vous co
n
trarier et je suis de son avis. Elle ne monte que
pour son plaisir et vous montez pour votre santé.

84


Je ne monterai certa
inement pas demain, dit Fanny. Je
suis beaucoup sortie ces derniers temps et je préférerais res-
ter à la maison. Je suis assez forte maintenant pour pouvoir
me pr
o
mener.
Edmond parut satisfait, ce qui fit plaisir à Fanny, et la
promenade aux jardins publics
fut décidée pour le lendemain
matin. L’excursion comprenait toute la jeunesse excepté elle
et semblait être tout à fait amusante. On en reparla durant
toute la soirée et comme une réunion qui a satisfait tout le
monde en e
n
traîne souvent une autre, ils fi
rent de nouveaux
plans pour le lendemain. Il y avait de nombreux endroits à
visiter et comme la température était chaude, ils décidèrent
de faire des promen
a
des plus ombragées. Pendant quatre
matinées successives, la petite compagnie alla explorer les
envi
rons et faire les honneurs de la contrée aux Crawford.
Tout allait à merveille, la bonne humeur se mêlait au plaisir
des promenades malgré la chaleur torride. Mais le quatrième
jour il y eut une ombre au tableau. Edmond et Julia étaient
invités à dîner au
Presbytère et Maria ne l’était pas. C’était
arrangé par M
me
Grant avec un esprit pa
r
fait, M.
Rushworth
étant justement attendu ce jour là à Man
s
field Park. Mais
Maria sentit l’offense et eut de la peine à diss
i
muler son air
vexé jusqu’à ce qu’elle fut de r
etour chez elle. Comme
M.
Rushworth ne vint pas, l’injure lui parut encore plus pro-
fonde et elle n’avait même pas le soulagement de pouvoir
passer sa mauvaise humeur sur lui. Elle dut se résigner à res-
ter avec sa mère, sa tante et sa cousine, et ne manqua
pas de
mo
n
trer sa mauvaise humeur pendant tout le dîner.
Entre dix et onze heures, Edmond et Julia rentrèrent au
s
a
lon, rafraîchis par l’air du soir, heureux et pleins de gaieté,
ta
n
dis qu’ils trouvaient les trois dames sombres et fâchées,
car M
a
ria ne lev
a même pas les yeux de son livre et Lady

85

Bertram dormait à moitié. Même M
me
Norris, qui avait été
agacée par la mauvaise humeur de sa nièce et dont les
quelques questions à propos du dîner, n’avaient pas reçu une
réponse très rapide, d
é
cida de ne plus rien
dire.
Pendant quelques instants, le frère et la sœur, encore
sous l’influence de la charmante soirée qu’ils venaient de
passer et du délicieux retour dans la nuit fraîche et sous le
ciel plein d’étoiles, ne s’occupèrent guère des autres. Mais
après un m
o
m
ent, Edmond, regardant autour de lui, deman-
da
:

Mais où est Fanny
? Est

elle au lit
?

Non, pas que je sache, reprit M
me
Norris, elle était ici il
y a un moment.
On entendit la douce voix de Fanny partant de l’autre
bout de la chambre, des profondeurs d
’un fauteuil où elle
était insta
l
lée. M
me
Norris commença à la gronder.

C’est tout à fait ridicule, Fanny, de vous isoler comme
c
e
la sur ce fauteuil. Pourquoi ne venez

vous pas vous occu-
per ici comme nous le faisons
? Si vous n’avez pas de petit
travail
à faire, je puis vous en donner à confectionner pour
les pauvres. Il y a toute une pièce d’étoffe qui a été apportée
la semaine de
r
nière, qu’on n’a pas encore touchée. Je me fa-
tiguerai bien fort en la coupant et je trouve que vous pourriez
penser aux autre
s, au lieu de rester à ne rien faire tout le
temps sur ce divan, à v
o
tre âge.
Avant que la moitié de cette long….

SUSPENSE SUSPENSE LES AMIS…